DATACENTRE D’ART

Étienne Cliquet

? • © 2015

Trou noir

Origami

Trou noir (détail), origami de papier lin et coton fait-main, méthyl de cellulose, 2011.

Trou noir

Architecture sans fenêtre

Rendue nécessaire par les exigences du black-out américain, et possible par la conjugaison des charpentes légères, de la climatisation et de l’éclairage fluorescent permettant de la faire fonctionner jour et nuit, l'usine sans fenêtre, donnera naissance après la guerre à l’un des types de bâtiment de plus communs dans les périphéries: la grande boîte adaptable à tous les usages.


Jean-Louis Cohen, catalogue de l’exposition Architecture en uniforme, Centre Canadien d’Architecture à Montréal, édition Hazan, 2011.

Les couleurs des câbles de fibre optique du Colosse, Université Laval, Québec.

Datacentre d’art

Préface de Cécile Poblon

Datacentre d’art est l’énoncé programmatique d’une œuvre au long cours d’Étienne Cliquet qui prend place dans des centres de données informatiques plutôt que dans des lieux d’exposition dédiés. La vocation publique de l’action et de la situation est incertaine: les datacenters sont des endroits privés et de par leur activité, hyper sécurisés. La pratique active, réactive, interactive d’Étienne Cliquet hors des cadres déterminants de l’art pour l’art (l’espace de, le commentaire sur) remet l’ouvrage sur le métier. Quel est le devenir public de Datacentre d’art?


Convoquant l'art pariétal à l'ère du net, deux premières peintures murales ont été réalisées dans la salle blanche de la société Fullsave à Labège et au sein du supercalculateur de l'université Laval à Québec. Étienne Cliquet conçoit des cartographies inédites, des mappemondes comme figuration tangible d'une réalité numérique. Ainsi Circuit béant restructure les territoires selon l’implantation intercontinentale des câbles de fibre optique et leur degré de connexion internet (contre toute logique de représentation dominante, les pays les plus connectés sont désarticulés et excentrés). Allée froide propose une lecture spatio-temporelle des migrations humaines.

Étienne Cliquet élabore œuvres et expositions dans un contexte qui pose une équivalence entre des lieux physiques et emblématiques qui fonctionnent à l’inverse l'un de l'autre dans la visibilité́ de leurs activités. Quand le datacenter est évidemment sans accès physique public, le centre d’art (qui assume des missions de service public) est attendu sur le fait de trouver audience (forte, croissante, diversifiée). Collaborer concrètement avec les deux entités professionnelles imbriquées symboliquement dans Datacentre d’art, c’est être dans une pensée qui se pratique où chacun est en mesure de questionner ses usages propres.

C’est par exemple considérer et produire conjointement une publication de l’œuvre inhérente à sa nature et mobile dans son contexte d’inscription. Une publication dans toutes les acceptions du terme, puisque l’enjeu de porter Datacentre d’art à la connaissance du plus grand nombre se traduit par la parution d’articles et de photographies dans des périodiques généralistes, spécialisés et en ligne, avec la conception d’un site dédié (hébergé par la société accueillant la peinture Circuit béant), invitant à une lecture intuitive et transversale du travail. La passation de l’expérience par l’oralité est corrélative à la démarche mais nous nous adressons là, à chaque rendez-vous (rencontre privée ou publique, conférence) à une communauté distincte, à des amateurs et des praticiens (de l’art, du livre, du numérique) plutôt qu’à un «grand» public anonyme, usager et indéterminé.


L’œuvre d’Étienne Cliquet n’a rien de spectaculaire (d’ailleurs, il peut intervenir dans l’indifférence des salariés—c’est un élément qui échappe à toute forme de médiation impérative). C’est un art de l’activité critique et de l’infiltration douce. Et dans l’actualité des débats sur la neutralité historique et mise à mal d’internet, l’installation d’une œuvre au cœur d’un centre de stockage de données informatiques ne questionne pas seulement les conditions d’existence de l’œuvre.  – l’espace public comme l’espace du Net comme bien commun.


Cécile Poblon
Directrice et curatrice
BBB centre d’art, Toulouse

Datacentre d’art

Notes des designers

Le projet éditorial Datacentre d’art multiplie les entrées comme autant de petites unités de connaissance et d’éclairage sur le projet global et ses différentes étapes. Utilisant un tirage aléatoire au premier chargement du site puis tout au long de la visite pour remplacer les pages déjà lues, il se joue ainsi de la chronologie des œuvres pour mettre en valeur leur relation intrinsèque. La navigation est une version numérique du feuilletage, de l’assemblage de fiches, ici simulés par une série d’algorithmes qui va provoquer une lecture transversale du projet. Le nombre d’entrées est donc amené à se multiplier dans un futur plus ou moins proche.

Ce site est hébergé chez FullSave à Labège. Ce centre de données héberge également dans ses locaux l’œuvre Circuit béant. Ainsi l’œuvre et sa documentation sont en quelque sorte dans le même lieu physique, cachés et sécurisés et pourtant visibles de tous.

Une courbe dessinée à l’aide de Spiro.

La typographie utilisée sur ce site est l’Inconsolata dessinée par Raph Levien. Ce caractère fait partie d’une famille que l’on pourrait nommer «font de programmeur». Alphabet monochasse (dont toutes les lettres font la même largeur), il a été conçu pour le code, et plus particulièrement l’impression des listings écran. Il se place ainsi dans un entre-deux: éditer le code dans et hors de la machine.

Raph Levien a dessiné l’Inconsolata à l’aide de Spiro, un logiciel qu’il a développé et qui simplifie le dessin des courbes. Les typographes sont habitués à tracer les lettres à l’aide des courbes de Bézier au sein des logiciels spécialisés de la typographie. Spiro utilise un système basé sur la spirale de Cornu dont la particularité est d’adapter la forme dans son ensemble au moindre changement. Chaque point d’une courbe a ainsi une incidence sur le dessin dans son ensemble et plus seulement de proche en proche, le faisant appartenir à un réseau unifié.

Un deuxième caractère est utilisé pour les citations. C’est un redessin du Goudy Oldstyle distribué gratuitement par Open Font Library sous le nom de Sorts Mill Goudy et est open-source; c’est à dire que les utilisateurs sont libres de faire évoluer son dessin selon les termes de la licence MIT (X11).


Ariane Bosshard et Olivier Huz

Allée froide

Migracut.exe

Réalisé pour la préparation de la fresque Allée froide, le logiciel Migracut convertit la carte de l’origine africaine de l’homme moderne en une frise chronologique. Les pays et continents apparaissent de gauche à droite selon l’ordre chronologique de cette hypothèse anthropologique.

Carte des premières migrations (Source: Wikipedia, consulté le 27 octobre 2014).
Capture des étapes de travail avec le logiciel Migracut (programmation: Robin Fercoq).

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Trou noir

Salle des serveurs

Trou noir, salle des serveurs de la SAT, Montréal, 2011.
Découpe vinyle adhésive et origami.