DATACENTRE D’ART

Étienne Cliquet

? • © 2015

Trou noir

Trou noir et urinoir

Urinoirs de la SAT.

Un centre de données optimise en permanence sa capacité de stockage en repoussant continuellement les limites de la densité de l’information. En astrophysique, un trou noir est un corps extrêmement dense dont le champ gravitationnel forme une courbure de l’espace-temps si intense qu’elle empêche toute forme de matière ou de rayonnement de s’en échapper (cf. Wikipedia). L’un sauvegarde tout, l’autre anéantit tout. L’un comme l’autre échappe au regard. Dans un premier temps, j’ai cherché à représenter la courbure de l’espace-temps d’un trou noir à partir d’une feuille de papier pliée. Il s’agit d’une forme d’entonnoir dont on voit fréquemment le schéma dans les livres d’astrophysique comme celui de Jean-Pierre Luminet qui m’accompagnait lors de mon séjour à Montréal en 2011 (Le Destin de l'Univers I et II, éditions Fayard, 2006).

Puis j’ai découvert que la salle des serveurs est située de l’autre coté du mur où se trouve les toilettes. Qu’un espace d’art comme la Société des Arts Technologiques (SAT) cache sa salle de serveurs comme elle le fait avec ses toilettes m’a semblé très surprenant (de l’ordre du refoulé). On peut en déduire que la technique sans un certain habillage (design) est finalement perçue comme quelque chose de sale.

Datacentre d’art

Ailleurs sur Internet

Presse
«Data centers, art around the bunker», Marie Lechner, Libération #10164, 19 janvier 2014, pages 42-45.
«L'art au datacenter», Pascal Boiron, MID e-news, 23 octobre 2014.

Data centers
Fullsave, Hébergeur et opérateur Télécom à Labège.
Le Colosse, supercalculateur de l’Université Laval, Québec.

Cartes d’Internet
Submarine Cable Map, Telegeography, 2014.
40 Maps That Explain The Internet, Timothy B. Lee, 2 juin 2014.

Rencontres
Conférence «Datacentre d’art» avec Hugues Brunel, Étienne Cliquet et Cécile Poblon, Librairie Ombres Blanches, samedi 22 mars 2014.

Datacentre d’art

Préface de Cécile Poblon

Datacentre d’art est l’énoncé programmatique d’une œuvre au long cours d’Étienne Cliquet qui prend place dans des centres de données informatiques plutôt que dans des lieux d’exposition dédiés. La vocation publique de l’action et de la situation est incertaine: les datacenters sont des endroits privés et de par leur activité, hyper sécurisés. La pratique active, réactive, interactive d’Étienne Cliquet hors des cadres déterminants de l’art pour l’art (l’espace de, le commentaire sur) remet l’ouvrage sur le métier. Quel est le devenir public de Datacentre d’art?


Convoquant l'art pariétal à l'ère du net, deux premières peintures murales ont été réalisées dans la salle blanche de la société Fullsave à Labège et au sein du supercalculateur de l'université Laval à Québec. Étienne Cliquet conçoit des cartographies inédites, des mappemondes comme figuration tangible d'une réalité numérique. Ainsi Circuit béant restructure les territoires selon l’implantation intercontinentale des câbles de fibre optique et leur degré de connexion internet (contre toute logique de représentation dominante, les pays les plus connectés sont désarticulés et excentrés). Allée froide propose une lecture spatio-temporelle des migrations humaines.

Étienne Cliquet élabore œuvres et expositions dans un contexte qui pose une équivalence entre des lieux physiques et emblématiques qui fonctionnent à l’inverse l'un de l'autre dans la visibilité́ de leurs activités. Quand le datacenter est évidemment sans accès physique public, le centre d’art (qui assume des missions de service public) est attendu sur le fait de trouver audience (forte, croissante, diversifiée). Collaborer concrètement avec les deux entités professionnelles imbriquées symboliquement dans Datacentre d’art, c’est être dans une pensée qui se pratique où chacun est en mesure de questionner ses usages propres.

C’est par exemple considérer et produire conjointement une publication de l’œuvre inhérente à sa nature et mobile dans son contexte d’inscription. Une publication dans toutes les acceptions du terme, puisque l’enjeu de porter Datacentre d’art à la connaissance du plus grand nombre se traduit par la parution d’articles et de photographies dans des périodiques généralistes, spécialisés et en ligne, avec la conception d’un site dédié (hébergé par la société accueillant la peinture Circuit béant), invitant à une lecture intuitive et transversale du travail. La passation de l’expérience par l’oralité est corrélative à la démarche mais nous nous adressons là, à chaque rendez-vous (rencontre privée ou publique, conférence) à une communauté distincte, à des amateurs et des praticiens (de l’art, du livre, du numérique) plutôt qu’à un «grand» public anonyme, usager et indéterminé.


L’œuvre d’Étienne Cliquet n’a rien de spectaculaire (d’ailleurs, il peut intervenir dans l’indifférence des salariés—c’est un élément qui échappe à toute forme de médiation impérative). C’est un art de l’activité critique et de l’infiltration douce. Et dans l’actualité des débats sur la neutralité historique et mise à mal d’internet, l’installation d’une œuvre au cœur d’un centre de stockage de données informatiques ne questionne pas seulement les conditions d’existence de l’œuvre.  – l’espace public comme l’espace du Net comme bien commun.


Cécile Poblon
Directrice et curatrice
BBB centre d’art, Toulouse

«Fondée en 1996, la Société des Arts Technologiques (SAT) est un organisme à but non lucratif reconnu internationalement pour son rôle actif et précurseur dans le développement de technologies immersives et de la réalité augmentée par l’utilisation créative des réseaux à très haut débit.

Avec sa double mission de centre d’artistes et de centre de recherche, la SAT a été créée pour soutenir une nouvelle génération de créateurs-chercheurs à l’ère du numérique.»

(SAT)

Emplacement de la salle des serveurs au sein de la SAT, dessin d’Étienne Cliquet, 2013.

Allée froide

Au cœur des machines

Protection contre le bruit des serveurs.
Tentative de se réchauffer dans l'allée chaude, dans l'antre des machines.
Main.
Dans les sous-sols sans fin de l'université Laval.

Allée froide

Peinture pariétale

Allée froide, Québec, novembre 2013.

Allée froide

Le Colosse

Le supercalculateur Colosse.

Le supercalculateur Colosse de l'Université Laval à Québec a été inauguré en 2009 à l'intérieur d'un ancien accélérateur de particules Van de Graff en forme de silo en béton recouvert d'une sorte d'exo-squelette en acier. C'est un repère sur le campus qui cache en réalité des rangées d'ordinateurs sur trois étages mobilisés pour du calcul scientifique dans différents domaines (biologie, physique, chimie, etc.).

L’allée froide.
L’allée chaude.
Caillebotis permettant à l’air de circuler à travers les étages.
Crochet datant de l’accélérateur Van de Graff.
Grappe de serveurs dans l’allée chaude et emplacement pour des baies de serveurs à venir.
Serveurs en rack.
Connectique.
En attendant devant la porte du supercalculateur avec le matériel de peinture.