DATACENTRE D’ART

Étienne Cliquet

? • © 2015

Circuit béant

Carte peinte

Circuit Béant, Labège, juillet 2013 (photographie: Yohann Gozard).

Datacentre d’art

Préface de Cécile Poblon

Datacentre d’art est l’énoncé programmatique d’une œuvre au long cours d’Étienne Cliquet qui prend place dans des centres de données informatiques plutôt que dans des lieux d’exposition dédiés. La vocation publique de l’action et de la situation est incertaine: les datacenters sont des endroits privés et de par leur activité, hyper sécurisés. La pratique active, réactive, interactive d’Étienne Cliquet hors des cadres déterminants de l’art pour l’art (l’espace de, le commentaire sur) remet l’ouvrage sur le métier. Quel est le devenir public de Datacentre d’art?


Convoquant l'art pariétal à l'ère du net, deux premières peintures murales ont été réalisées dans la salle blanche de la société Fullsave à Labège et au sein du supercalculateur de l'université Laval à Québec. Étienne Cliquet conçoit des cartographies inédites, des mappemondes comme figuration tangible d'une réalité numérique. Ainsi Circuit béant restructure les territoires selon l’implantation intercontinentale des câbles de fibre optique et leur degré de connexion internet (contre toute logique de représentation dominante, les pays les plus connectés sont désarticulés et excentrés). Allée froide propose une lecture spatio-temporelle des migrations humaines.

Étienne Cliquet élabore œuvres et expositions dans un contexte qui pose une équivalence entre des lieux physiques et emblématiques qui fonctionnent à l’inverse l'un de l'autre dans la visibilité́ de leurs activités. Quand le datacenter est évidemment sans accès physique public, le centre d’art (qui assume des missions de service public) est attendu sur le fait de trouver audience (forte, croissante, diversifiée). Collaborer concrètement avec les deux entités professionnelles imbriquées symboliquement dans Datacentre d’art, c’est être dans une pensée qui se pratique où chacun est en mesure de questionner ses usages propres.

C’est par exemple considérer et produire conjointement une publication de l’œuvre inhérente à sa nature et mobile dans son contexte d’inscription. Une publication dans toutes les acceptions du terme, puisque l’enjeu de porter Datacentre d’art à la connaissance du plus grand nombre se traduit par la parution d’articles et de photographies dans des périodiques généralistes, spécialisés et en ligne, avec la conception d’un site dédié (hébergé par la société accueillant la peinture Circuit béant), invitant à une lecture intuitive et transversale du travail. La passation de l’expérience par l’oralité est corrélative à la démarche mais nous nous adressons là, à chaque rendez-vous (rencontre privée ou publique, conférence) à une communauté distincte, à des amateurs et des praticiens (de l’art, du livre, du numérique) plutôt qu’à un «grand» public anonyme, usager et indéterminé.


L’œuvre d’Étienne Cliquet n’a rien de spectaculaire (d’ailleurs, il peut intervenir dans l’indifférence des salariés—c’est un élément qui échappe à toute forme de médiation impérative). C’est un art de l’activité critique et de l’infiltration douce. Et dans l’actualité des débats sur la neutralité historique et mise à mal d’internet, l’installation d’une œuvre au cœur d’un centre de stockage de données informatiques ne questionne pas seulement les conditions d’existence de l’œuvre.  – l’espace public comme l’espace du Net comme bien commun.


Cécile Poblon
Directrice et curatrice
BBB centre d’art, Toulouse

Datacentre d’art

Ailleurs sur Internet

Presse
«Data centers, art around the bunker», Marie Lechner, Libération #10164, 19 janvier 2014, pages 42-45.
«L'art au datacenter», Pascal Boiron, MID e-news, 23 octobre 2014.

Data centers
Fullsave, Hébergeur et opérateur Télécom à Labège.
Le Colosse, supercalculateur de l’Université Laval, Québec.

Cartes d’Internet
Submarine Cable Map, Telegeography, 2014.
40 Maps That Explain The Internet, Timothy B. Lee, 2 juin 2014.

Rencontres
Conférence «Datacentre d’art» avec Hugues Brunel, Étienne Cliquet et Cécile Poblon, Librairie Ombres Blanches, samedi 22 mars 2014.

Circuit béant

Bord et milieu du Net

La forme de la carte découle de la manière dont a été mis à plat la surface terrestre, sa projection cartographique. Telle une orange qu’on aurait épluchée en un seul tenant, sa découpe suit le tracé des principaux câbles de fibre optique qui permettent à Internet de fonctionner. L’infrastructure d’Internet au lieu d’être représentée au centre de la carte se retrouve être le contour même de la carte, les bords du monde. Ce processus met l’Antarctique au centre comme espace le plus éloigné de toute connexion Internet. En revanche, les pays les mieux connectés comme l’Europe se retrouvent en marge de la carte et disloqués en petits bouts. C’est le cas de la France dont on a bien du mal à reconstituer la forme qu’on lui connait.

Le dessin de la carte a été généré par un programme informatique à partir d’un système d’information géographique (SIG) puis reproduit sur le mur avec un robot piloté par ordinateur sur le mur du datacentre de la société Fullsave à Labège avant d’être entièrement peint à la main. Le boîtier placé au milieu du mur est un thermomètre électronique. Il préexistait et nous l’avons intégré à la carte.

Placé dans un endroit sécurisé, cet atlas est paradoxalement inaccessible au public. Cette situation rappelle les peintures rupestres situées au fond des grottes dont les historiens savent aujourd’hui qu’elles n’étaient pas faites pour être vues (les personnes initiées venaient les peindre sur place à la lueur des lampes à huile). Comme les grottes, les datacentres sont des endroits fermés et frais. Ils pourraient bien être l’équivalent de nos musées ou de nos bibliothèques.

Allée froide

Migracut.exe

Réalisé pour la préparation de la fresque Allée froide, le logiciel Migracut convertit la carte de l’origine africaine de l’homme moderne en une frise chronologique. Les pays et continents apparaissent de gauche à droite selon l’ordre chronologique de cette hypothèse anthropologique.

Carte des premières migrations (Source: Wikipedia, consulté le 27 octobre 2014).
Capture des étapes de travail avec le logiciel Migracut (programmation: Robin Fercoq).

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Circuit béant

DraWall, robot de dessin

La solution la plus précise pour reproduire le dessin de la carte du globe sur le mur à grande échelle et sans déformation a été de fabriquer un robot de dessin qui fonctionne avec des moteurs pas à pas, une courroie et une interface électronique (carte Arduino) branchée sur un ordinateur. Le dessin de la carte a durée trois heures et quarante cinq minutes.

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Circuit béant

Couleurs et pinceaux

Coloriage de la carte de Circuit béant avec un pinceau fin Kaerell S pointe usée bombée, série 8792.
Contour de la carte au rose tyrien.